Politique
Togo : les dessous du remaniement à la tête de l’armée et des renseignements//Source : Jeune Afrique
lundi 24 août 2026,

Faure Essozimna Gnassingbé a remanié en profondeur son appareil sécuritaire, le 17 août. Une refonte dictée autant par la menace jihadiste dans le nord du pays que par la volonté du président du Conseil de consolider sa mainmise sur l’armée.

Le mouvement était attendu depuis plusieurs semaines. Le commandement militaire, installé en 2024, arrivait au terme d’un cycle de deux ans qui, depuis l’assassinat du colonel Toussaint Bitala Madjoulba, en mai 2020, est devenu la règle - non officielle. Le président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, a finalement procédé à ce vaste remaniement à la tête de l’appareil sécuritaire le 17 août, au travers de huit décrets.

Alors que le nord du Togo est confronté à d’incessantes incursions jihadistes en provenance du Burkina Faso voisin, ce mercato militaire répond aux besoins de la nécessaire réadaptation de la stratégie antiterroriste. Selon plusieurs sources proches de l’appareil sécuritaire, le profil des gradés promus à des postes clé traduit aussi la volonté du chef de l’État de resserrer la coordination entre les services de renseignements et les forces engagées sur le terrain. Il s’agit aussi, pour Faure Essozimna Gnassingbé, de renforcer sa mainmise sur l’armée en s’assurant de la fidélité de ses chefs.

Tchakpélé Aklesso, nouveau patron de l’armée

Le changement le plus significatif est la nomination du général de brigade Tchakpélé Aklesso à la tête de l’état-major général des Forces armées togolaises. Nommé directeur de l’Agence nationale de renseignements (ANR) en 2018, en remplacement du colonel Kolemagah Kassawa, cet officier aussi discret qu’influent a également dirigé la sécurité rapprochée de Faure Gnassingbé.

Proche du président du Conseil - il est, comme lui, originaire de la région de Kara-, le nouveau patron chef d’état-major des Forces armées connaît aussi parfaitement les rouages du dispositif sécuritaire. Sur le front de la région des Savanes, il aura pour charge de renforcer la coordination entre les unités opérationnelles et les services de renseignements. Il sera également un élément central dans la coordination avec les partenaires étrangers dans le domaine sécuritaire.

Comme l’a révélé Jeune Afrique dans une enquête publiée début juillet, des « instructeurs » tures sont notamment présents sur la base de Dihiaga, dans le nord du Togo, où, selon nos informations, ils seraient chargés de la formation des forces spéciales et seraient actifs lors d’opérations militaires. En outre, depuis le mois de janvier, 300 militaires russes d’Africa Corps sont déployés dans le pays, comme nous le révélions dans le cadre de cette même série d’enquêtes sur les alliances secrètes du Togo dans sa lutte contre les incursions jihadistes.

Pour prendre la suite de Tchakpélé Aklesso à la tête de l’ANR, le chef de l’État a désigné le colonel Akakpo Ayéwalagni. L’officier de gendarmerie est loin d’être un nouveau venu dans le domaine du renseignement : il a notamment dirigé le service de recherche et d’investigation (SRI), de 2008 à 2014. Le nouveau patron des renseignements sera secondé par Samarou Essowè, nommé directeur adjoint.

Latièmbé Kombaté à la tête de l’armée de terre
Autre nomination importante, celle du colonel Latièmbé Kombaté à la tête de l’armée de terre. L’ancien commandant du régiment parachutiste commando (RPC) puis du deuxième bataillon d’intervention rapide (BIR), aujourd’hui dirigé par le lieutenant-colonel Koudzo Soo Abi, était déjà l’un des officiers clés dans le dispositif antijihadiste : c’est lui qui, depuis sa création en 2018, a dirigé l’opération Koundjoaré, dispositif déployé dans le septentrion togolais.

Le 7 mai, le colonel Latièmbé Kombaté avait accueilli Faure Gnassingbé lorsque ce dernier s’était rendu dans la région des Savanes pour mener une tournée d’inspection aux lendemains de l’offensive conjointe menée au Mali par le FLA et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), qui faisait craindre une recrudescence des attaques jihadistes. Son prédécesseur à la tête de l’armée de terre, le colonel Kilimou Mazama-Esso, a pour sa part été nommé chef de l’état-major particulier du président du Conseil, conservant ainsi une position stratégique à proximité de Faure Gnassingbé.

Dans le même mouvement, le colonel Abdu Ahabou Idrissou quitte l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac) pour prendre la tête de l’armée de l’air, tandis que le général de brigade aérienne Mama Agnidofè Essomna effectue, lui, le chemin inverse.
Depuis l’assassinat du colonel Bitala Madjoulba, tué par balles dans la nuit du 3 au 4 mai 2020, qui avait profondément bousculé la hiérarchie militaire, Faure Gnassingbé procède à des rotations régulières à la tête de l’appareil sécuritaire.

L’objectif, selon des sources proches des forces de sécurité, serait d’éviter qu’une trop longue présence à un même poste ne favorise la constitution de réseaux d’influence. Fin février 2026, l’ancien chef d’état-major général, le général Félix Abalo Kadangha, avait été condamné en appel à trente ans de prison pour complicité d’assassinat et complot contre la sûreté de l’État.

Jeune Afrique

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