
Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s’est rendu à Moscou ce mardi 25 août. Si Donald Trump qualifie la visite de "semi-routine", la presse américaine affirment qu’il était chargé de mettre en garde la Russie contre toute tentative d’attaque contre l’OTAN. Le Kremlin rejette ces "histoires alarmistes".
"On ne déplace pas le directeur de la CIA pour rien", explique le journaliste Pierre Haski sur France Inter, ce jeudi 27 août. John Ratcliffe s’est rendu, dans la nuit du mardi 25 août, à Moscou. Le patron de la CIA était chargé de transmettre un avertissement : "Les États-Unis ne veulent pas voir la Russie s’en prendre à un membre de l’OTAN", selon plusieurs sources proches du dossier citées par le Wall Street Journal.
La visite surprise avait été révélée la veille par la presse américaine. Le Wall Street Journal a retracé le parcours de John Ratcliffe à bord d’un avion de l’armée de l’air américaine, de Washington à Riga, puis jusqu’à Moscou, où le patron de la CIA est resté environ quatre heures dans la nuit.
Que faisait exactement John Ratcliffe à Moscou ?
Le Kremlin a réagi, ce jeudi 27 août, et rejeté les "histoires alarmistes" de la presse américaine. De son côté, le président américain Donald Trump a confirmé le déplacement, mercredi 26 août, lors d’un entretien avec l’animateur radio Glenn Beck, qualifiant la visite de "semi-routine". Il a surtout insisté sur les efforts des États-Unis pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
Cette version contraste avec les informations rapportées par des responsables et des sources proches du dossier. Le Kremlin a, notamment, confirmé que John Ratcliffe avait rencontré des responsables russes du renseignement. Le porte-parole Dmitri Peskov a précisé que le directeur de la CIA n’avait pas rencontré Vladimir Poutine directement, mais que le président russe avait été informé du contenu des discussions.
Que craint Washington ?
Cette visite intervient dans un contexte particulièrement sensible. De nouvelles évaluations du renseignement américain indiquent que le président russe, Vladimir Poutine, pourrait chercher à tester la détermination de l’Alliance atlantique au moyen d’une action militaire limitée ou d’opérations hybrides.
Le scénario redouté à Washington n’est pas nécessairement celui d’une invasion massive d’un pays de l’OTAN. Il pourrait s’agir d’une cyberattaque, d’une opération de sabotage, d’une incursion limitée ou d’une action destinée à mesurer la réaction des Alliés. Les pays baltes apparaissent notamment comme une zone de préoccupation.
En effet, les États baltes, Estonie, Lettonie et Lituanie, constituent depuis plusieurs années l’un des principaux points de tension entre Moscou et l’OTAN. Leur situation géographique, leur proximité avec la Russie et leur importance stratégique en font un théâtre potentiel pour des opérations de déstabilisation.
Les inquiétudes américaines sont renforcées par une série d’incidents récents en Europe, notamment des incursions de drones, des accusations de sabotage et une multiplication des cyberattaques attribuées à des acteurs russes. Pris séparément, ces événements ne constituent pas nécessairement les prémices d’une offensive militaire. Mais leur accumulation alimente la crainte d’une stratégie visant à tester progressivement les limites de l’Occident.
L’Iran et la guerre en Ukraine dans les discussions
La mission de Ratcliffe pourrait également avoir abordé d’autres dossiers. Selon des informations rapportées par CBS News, le directeur de la CIA aurait notamment évoqué l’Iran et averti Moscou de possibles sanctions supplémentaires si le détroit d’Ormuz ne rouvrait pas au trafic maritime.
La Russie et l’Iran ont renforcé leur coopération ces dernières années. Moscou a notamment entretenu des relations étroites avec Téhéran dans le contexte de la guerre en Ukraine et du conflit au Moyen-Orient.
Par ailleurs, le déplacement de Ratcliffe fait écho à une autre visite historique. En novembre 2021, William Burns, alors directeur de la CIA, s’était rendu à Moscou pour avertir Vladimir Poutine contre une invasion de l’Ukraine. Quelques mois plus tard, la Russie lançait son invasion à grande échelle, rappelle l’agence de presse Reuters.
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